Une très ancienne maison à Saint-Alban de Montbel au lieu dit "Le Guiguet"

Martine Baconnais (Le Guiguet) raconte avec nous "à quatre mains" l'histoire de sa maison... Elle nous parle aussi d'une famille qui n'est plus présente à Saint-Alban de Montbel : la famille Berland.

J'ai acheté cette maison en 2006.
Depuis quelques années, j'en recherche son histoire, les personnes qui y ont vécu. En savoir plus sur le patrimoine de ma commune.
Il est possible que cette maison soit une des plus anciennes maison de Saint-Alban de Montbel car elle a plus de 300 ans d'âge. "Martine Baconnais"

2018 - Martine Baconnais (Route du Guiguet) - Bernard-Paul Eminet


Une très jolie histoire...

Elle raconte l'histoire d'une maison, d'une famille et d'événements, qui sont directement reliés à la commune de Saint-Alban de Montbel.

Pour les images proposées, cliquer sur la vignette pour la voir en plus grand, clic sur la photo pour passer à l'image suivante. Utilisez la touche "echap" pour revenir à cet article.

Une maison...

Une vision satellite de nos jours

Sur le troisième cliché :

  • Le carré rouge est la maison de Martine Baconnais
  • Le carré orange est la maison située à côté sur sa gauche
  • Le carré vert est une grange

À noter sous la maison (celle avec le carré orange) => une petite batisse. Il s'agit d'un four à pain. Nous y reviendrons.

Sur le deuxième cliché noter les routes et les chemins :

  • La route actuelle du Guiguet, qui rejoint désormais la D921
  • L'ancien chemin, qui s'arrête en plein bois

 

Des photos actuelles ou "récentes"

La maison

La maison en situation actuelle (carré rouge) et la maison voisine (carré orange) et la grange (carré vert) - voir les clichés précédents.

 

Le four à pain

Deux clichés de 2007 et un de 2017.

 

La mappe sarde de 1729

En 1729, le lieu dit "Le Guiguet" se présentait sous la forme suivante :

Noter que la route actuelle du Guiguet, qui rejoint désormais la D921 n'existait pas.
Le chemin, qui s'arrêtait en plein bois dans les clichés précédents était le chemin de l'époque.
Voir les clichés précédents : les deux maisons (carré rouge et carré orange des clichés précédents) ne formaient en fait qu'une seule maison (le pavé 478). La grange (carré vert), n'existait pas.

 

En savoir plus sur la mappe sarde en général...

En savoir plus sur la mappe sarde de Saint-Alban de Montbel...

Ainsi on sait que le lot "478" appartenait à Joseph Defanis, "communier", feu François (soit fils de François Defanis lui-même décédé). La maison avait une superficie de 124 m2.
Joseph Defanis était "communier" soit un habitant sérieux de la commune. Il pouvait ainsi prouver - devant témoins - qu'il était un bon citoyen, qu'il payait ses impôts et aussi qu'il était un bon chrétien.
Sur les actes retrouvés, le nom de famille "Defanis" est parfois écrit "Dephanis" ou "Déphanix". De même le nom de famille "Berland" apparaît parfois sous la forme "Landrin-Berland".
À ces époques, tout était écrit à la main et on ne se posait par trop de question concernant les graphies et de savoir s'il y avait deux "l" dans le nom d'un lieu-dit, un "d" ou un "t" à la fin...

Note : La mappe sarde de 1729 n'est plus présente à Saint-Alban de Montbel. Conformément à la réglementation, elle est désormais aux Archives Départementales de Savoie à Chambéry.

La copie de la mappe sarde de 1891

En 1891 une copie de la mappe sarde de Saint-Alban de Montbel a été réalisée. Cette dernière est toujours présente à Saint-Alban de Montbel (décembre 2017).
On y retrouve les même éléments de 1729 mais un peu plus précis, soit une maison (lot 478)

En savoir plus sur la copie de la mappe sarde de 1891...

Le cadastre de 1908

Ce dernier est toujours présent à Saint-Alban de Montbel (décembre 2017).

  • La maison est désormais partagée en deux lots distincts
  • Un cheminement existe désormais du Guiguet vers la route (la D921 actuelle)
  • La grange apparaît à droite
  • Et aussi le four à pain en bas

En savoir plus sur le cadastre de 1908...

Le cadastre actuel - 2017

Lors de la réfection de la maison, le maçon spécialisé dans le bâti ancien m'a dit (avec arguments à l'appui) qu'une partie de la maison initiale avait dû s'ébouler et a donc disparu, à cause de son probable abandon pendant quelques années. La maison de mon voisin est récente, et même si elle est probablement construite sur la partie ancienne de la maison initiale, il y avait une grange avant (juste 4 piquets et un toit) pour ranger le foin. "Martine Baconnais"


La chemin vers la gauche semble exister encore alors qu'il n'existe plus(-) depuis longtemps.

 

  En savoir plus sur le cadastre actuel...

Une succession de propriétaires

Rien ne serait possible sans évidemment parler de la famille Berland et des propriétaires avérés et prouvés de la maison :
- Joseph Defanis feu François en 1729 - Ce nom est parfois écrit "Défanis", "Dephanis" ou "Déphanis".
- Claude Berland (né en 1835, † le 24 juin 1911) et de son épouse Claudine Court Grand Gaudin († en 1916). Mariage en 1871. Le nom de famille de Claudine est parfois écrit Court Grandgaudin dans les actes.
Il est avéré par des documents et des actes que Claude Berland était propriétaire de la maison et même qu'il y est né. Ses parents y sont d'ailleurs aussi décédé.
 

De XVIIIème au début du XIXème

Sur l'acte de mariage (1871) de Claude Berland et de Claudine Court Grand Gaudin (ou Grandgaudin), il est fait référence aux parents de Claude Berland soit : François Berland (né vers 180x et † en 1875) et Josephte Girard-Defanis († en 1871)
On retrouve ainsi le nom de Defanis ce qui est assez troublant de même que les prénoms.
L'acte de décès de Josephte Girard-Defanis en 1871 nous indique le nom de ses parents : Claude Girard Défanis (1774-1814) et Josephte Coutaz Murat (1773-1843).

Supposition fort probable

En 1729 (mappe sarde) le propriétaire de la maison était Joseph Defanis qui devait avoir la quarantaine / cinquantaine puisque son père François était feu (décédé).
Claude Girard-Defanis est né 40 après (en 1774), compte tenu de l'époque et de l'espérance de vie, nous pouvons estimé que Joseph était le grand-père de Claude Girard-Defanis.

Claude Berland était le petit-fils de Claude Girard-Defanis à travers sa grand-mère : Josephte épouse de François Berland.

Supposition : la maison aurait été un héritage de Josephte Girard-Defanis provenant de son père : Claude Girard Défanis.

À partir de 1800, les choses s'enchaînent...

... et se compliquent un peu => il faut bien suivre pour ne pas se perdre...

Nous avons une maison "au Guiguet", propriété de Claude Berland (né en 1835, † le 24 juin 1911) et de son épouse Claudine Court Grand Gaudin († en 1916). Mariage en 1871.
Ils ont 4 enfants = François Joseph, Olivier, Arsène Frédéric, Jeannette.

Partage Berland en 1911

Au décès de Claude Berland en 1911, la maison est ainsi en indivis entre Claudine et ses quatre enfants.
Jeannette cède ses droits sur la maison à Arsène Frédéric, son frère pour la somme de 550 fr.
=> Propriétaires de la maison = Claudine et ses 3 enfants : François Joseph, Olivier, Arsène Frédéric

Partage Berland en 1912

En 1912 François Joseph cède ses droits sur la maison à Arsène Frédéric son frère pour la somme de 550 fr.
Propriétaires de la maison = Claudine et ses deux enfants : Olivier, Arsène Frédéric.

Testament en 1914

Guerre de 1914-1918 - mobilisé, Arsène Frédéric fait un testament olographe concernant ses biens en faveur de Claudine sa mère.
Arsène décède au front le 6 octobre 1915 à Saint-Hilaire-le-Grand (51 Marne) – mort pour la France. Arsène Frédéric Berland est cité sur le monument aux morts de Saint-Alban de Montbel.
Propriétaires de la maison = Claudine (qui hérite de son fils Arsène Frédéric) et son fils Olivier

Claudine décède en 1917

La part d'Arsène Frédéric (décédé) repasse dans la succession de Claudine et donc de ses "hoirs" héritiers en ligne directe (enfants)
Propriétaires de la maison = François Joseph, Olivier, Jeannette

Partage Berland en 1921

Jeannette cède à nouveau ses droits sur la maison à François Joseph son frère pour la somme de 1500 fr.
Propriétaires de la maison en indivis = François Joseph et Olivier

Partage Berland en 1922

François Joseph et Olivier décident de suspendre l’indivision par contrat et se partage les biens (maisons, grange, prés...).
Conséquence : le propriétaire de la maison de droite sur le cadastre est alors François Joseph Berland en propre. Ce dernier avait sa résidence principale à Lyon.
François Joseph Berland décède en 1942 - Épouse Marie Sylvie Alphonsine Justine Milliex (décédée en 1974).
Ils ont un fils unique qui hérite de la maison : Raymond Henri Berland (1913-1985).
Ce dernier épouse en 1963 Marie Louise Gibaud (née en 1924). Le couple habitait à Lyon et n'a pas eu d'enfant.
Raymond Henri Berland décède en 1985.

1996

Marie Louise Gibaud veuve Berland vend la maison du Guiguet au couple Baranès.

2006

Le couple Baranès vend la maison à Martine Baconnais.

Pourquoi la maison a été "abandonnée" ? - une hypothèse

Cela serait logique et ce qui expliquerait l'écroulement d'une partie de la maison initiale.

Au décès de Claudine Berland en 1917, ses héritiers sont : François Joseph, Olivier, Jeannette (épouse François Marchand), Arsène est décédé.

  • François Joseph (employé au PLM) habitait à Lyon
  • Olivier (tulliste) habitait à La Bridoire
  • Jeannette a dû suivre son mari ailleurs et a montré son désintérêt pour la maison puisqu'elle a vendu sa part par deux fois (en 1911 et 1921)...

Dans la lettre de Claude Berland de 1910 (proposée dans cet article) demandant une permission militaire pour Arsène Frédéric, Claude Berland indique :
"La collaboration de mon fils [Arsène], m'est absolument nécessaire car il est le seul de mes trois enfants qui le puisse, ses deux autres frères étant employés dans des administrations qui ne leurs permettent pas à juste titre de me venir en aide. L'un est employé au PLM et l'autre dans une fabrique des environs fort éloignée de la maison paternelle"

Il est donc logique qu'à partir de 1917 (après le décès de Claude et Claudine) la maison ai été pratiquement "abandonnée" et non ou très peu habitée.
Raymond Henri Berland - fils de François Joseph - et son épouse, habitaient à Lyon et n'ont pas eu d'enfant.

La vétusté de la charpente et du toit, le poids de la neige très abondante à ces époques, expliquerait peut-être la disparition d'une partie de la maison initiale.


Une famille : la famille Berland

À noter qu'il n'y a plus aucun représentant de cette famille à Saint-Alban de Montbel.

Claude Berland (né en 1835, † le 24 juin 1911) épouse Claudine Court Grand Gaudin († en 1916). Mariage en 1871.
Ils sont tous les deux inhumés dans le vieux cimetière à Saint-Alban de Montbel.

Ils ont eu 4 enfants = François Joseph, Olivier, Arsène Frédéric, Jeannette.

- François Joseph Berland né le 20 juillet 1874 - † le 9 octobre 1942 employé au PLM à Lyon. La Compagnie des Chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, communément désignée sous le nom de Paris-Lyon-Méditerranée ou son sigle PLM, est l'une des plus importantes compagnies ferroviaires privées françaises entre sa création en 1857 et sa nationalisation en 1938, lors de la création de la SNCF.
A été à l'école de Saint-Alban de 1880-1888
Probablement enterré au cimetière de la Guillotière à Lyon.

- Olivier Berland né en 1878 - † le 12 octobre 1952 (72 ans) - enterré à Saint-Alban de Montbel avec son épouse dans la même tombe que ses parents - tullier (fabricant de tulle) à La Bridoire.
A été à l'école de Saint-Alban de 1884 à 1892
Épouse = Jeanne Berland née Lupin † le 15 mai 1952 à l'âge de 59 ans.

- Arsène Frédéric Berland - né le 2 octobre 1887 - † mort pour la France le 6 octobre 1915 et enterré à Villeurbanne au cimetière militaire de la Doua.
A été à l'école de Saint-Alban de 1893 à 1902
Inscrit sur le monument aux morts de Saint-Alban de Montbel

- Jeannette Berland, épouse de François Marchand (mariage en 1901). [née en 1871 et † en 1958 à Villeurbanne (69) ]
A été à l'école communale de Saint-Alban de 1878 à 1885.

Documents ci-dessous provenant des archives de Saint-Alban de Montbel

Courriers militaire

Claude Berland demande en 1910 une "permission agricole" pour son fils Arsène Frédéric "militaire sous les drapeaux".
Curieusement, il indique qu'il a 3 enfants, alors qu'il en a 4. Jeannette n'est pas citée.

Curiosité

En particulier un brouillon de lettre de témoignage de moralité concernant François Joseph Berland.

Débit de tabac

Claude Berland était le titulaire du débit de tabac de la commune. À son décès, sa veuve Claudine à demandé l'autorisation à ce que l'aubergiste Joseph Marie Pichon puisse reprendre cette licence.
Ne pas manquer non plus le brouillon de la lettre de Claude Berland qui demande au "Contrôleur des contributions indirectes" de le "dépanner" de 20 kg de tabac Scaferlati (!)

Vieux cimetière de Saint-Alban de Montbel

La tombe de la famille Berland, cette dernière est en état d'abandon et signalée  - à ce titre - par la mairie de Saint-Alban de Montbel.



En savoir plus sur le monument aux morts de Saint-Alban de Montbel...

En savoir plus sur Arsène Frédéric Berland...