Transports et liaisons - le dessous des cartographies

Tourisme économie : 

Avertissement

Cet article tente de « décrypter » - à partir de plans et de cartes - la situation historique de l’Avant Pays Savoyard en général, et du lac d’Aiguebelette en particulier (dont fait partie le « paysage » de la commune de Saint Alban de Montbel) dans ses échanges à la fois économiques et politiques avec ses « voisins » proches et immédiats.
L'approche originale proposée ici n'est pas de centrer les informations sur notre Vallée et Saint Alban de Montbel mais de replacer des perspectives réelles en fonction du thème abordé qui devient ainsi le centre de l'exposé avec son propre point de vue.

Cet article n’a aucune vocation ni volonté historique exhaustive, il n’est destiné qu’à présenter de façon simple et imagée les réalités de notre vallée dans son passé plus ou moins lointain et dans son présent.
Les vrais historiens nous pardonneront – sans nul doute - les assurées entorses faites à l’Histoire.

Cet article n’a que la prétention d’intéresser l’internaute au patrimoine de notre vallée… sous une forme ludique et imagée et surtout adaptée à une fugace lecture de l’écran d’un site web.
Si toi, ami internaute, cet article t’interpelle, tu as envie d’en savoir plus et si tu as la volonté d’en savoir plus, d’aller sur des sites web de références, alors nous aurons rempli notre mission…

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Une réalité géographique

Depuis toujours, l’Avant Pays Savoyard a été confronté à un problème de taille : sa liaison avec l’Est et surtout avec Chambéry sa capitale de tutelle administrative et politique sous les différents régimes qu’a connus la Savoie au cours des âges et cela au moins depuis l’époque romaine et même jusqu’à maintenant.

Les deux cartographies suivantes décrivent très clairement la situation - représentations Sud-Nord de l’Avant Pays Savoyard.

À gauche, le lac d’Aiguebelette, à droite, le lac du Bourget et l’agglomération de Chambéry distante « à vol d’oiseau » d’à peine 8 km.

Sauf que entre les deux on constate le présence d’un « gros serpent bien ventru » : la chaîne de l’Epine culminant au nord à 1300 m d’altitude et au sud à 1400 m. Quelques passages possibles existent le long de cette barrière naturelle sous forme de cols de 700 à 900 m d’altitude.

Reculons un peu le point de vue de notre cartographie…

En haut à gauche, la plaine de l’Ain comprenant ici aussi un obstacle de taille : le Rhône au niveau de la ville de Yenne ou de Culoz.
Tout en haut à droite, la Suisse
À droite, les Savoie
À gauche et en bas à gauche : le département de l’Isère

Une réalité historique

Pour résumer et à part quelques « intermèdes » historiques (Révolution Française, Empire…), et du moins jusqu’en 1860 (date et selon le point de vue dans lequel on se place : « rattachement » ou « annexion » de la Savoie à la France…)

Dans notre cartographie nous avons donc schématiquement.

Vers la gauche : la France
Vers la droite : le royaume de Piémont Sardaigne (« précurseur » de l’Italie moderne) dont dépendait alors l’Avant Pays Savoyard.
Dans cette situation la vallée était plutôt orientée vers les deux grandes villes du royaume de Piémont Sardaigne soit Chambéry et Turin au moins pour les décisions administratives et politiques, et surtout, pour des raisons fiscales.

Note

La frontière entre la France et le royaume de Piémont Sardaigne était constituée par la rivière du Guiers qui est toujours aujourd’hui la limite entre les départements de la Savoie et de l’Isère, en particulier entre les deux villes de Pont de Beauvoisin (Isère) et Le Pont de Beauvoisin (Savoie).

Des réalités économiques et d’échanges

Un besoin s’est très vite exprimé de disposer de voies de communication pour tenter d’assurer une certaine prospérité ou du moins des capacités d’échange de l’Avant Pays avec ses voisins.
En fonction des époques : chemins, routes, voies ferrées, autoroutes…

Si nous reprenons notre cartographie Nord-Sud et une autre orientée Ouest-Est, on comprend bien que les solutions ne sont pas très nombreuses pour « désenclaver » la vallée en relation avec notre « gros serpent ventru » présenté auparavant.

  • Soit tu passes par dessus : tu profites des cols dans la montagne
  • Soit tu contournes : tu tires avantage du relief favorable au nord ou au sud de la chaîne de l’Epine
  • Soit tu passes par dessous : tu creuses des tunnels

La réalité des habitants de l’Avant Pays Savoyard

Depuis des siècles et jusqu’au milieu du XIXème siècle, la préoccupation des habitants de l’Avant-Pays n’était pas vraiment de disposer de moyens de communication vers d’autres contrées que la leur.
La région était essentiellement agricole et ils se contentaient de ce qu’ils avaient et vivaient en quasi autarcie.

  • Agriculture de subsistance
  • Elevage bovin pour le lait (coopératives / fruitières) pour la production de fromages
  • Pêche

Certes quelques petits malins « monnayaient leurs bras contre quelques écus» pour aider à faire passer des marchandises à travers les montagnes.
Certes aussi et jusque dans les années 1960 il y avait encore quelques plantations de tabacs, reliquat des années fastes de « contrebande » entre la France et le Royaume de Piémont Sardaigne…

La volonté de désenclaver la vallée est venu plutôt :

  • Du désir de l’état français qui - après l’annexion / rattachement de la Savoie à la fin du XIXème siècle - a décidé d’ancrer la région dans son réseau de voies ferrées et de routes de liaison.
  • De la poussée touristique du début du XXIème vers le lac d’Aiguebelette qui a poussé ainsi de nombreuses familles bourgeoises à construire des résidences secondaires à proximité du lac.
  • Les réalités économiques du tourisme de masse de sports d’hiver qui nécessitaient des points de passage facilités vers les stations de montagne.

Tu passes par-dessus…

Par des cols au dessus de la montagne.

Le col Saint Michel (903 m)

Depuis le début de notre ère, une voie romaine proposait une liaison entre la Gaule et la région de l’Italie qui à l'époque s'appelait la Gaule Cisalpine (le terme Italie n'existait pas...). Cette voie passait par-dessus la montagne au départ du village actuel d’Aiguebelette.
Un voyageur venant de Lyon (Lugdunum) affrontait ici ses premières montagnes avant de continuer vers de plus grosses difficultés : le col du Mont Cenis (2080 m) ou le col du petit Saint Bernard (2100 m) points de passage vers "l’Italie" (Gaule Cisalpine soit "avant les Alpes" du point de vue romain par opposition à la Gaule Transalpine soit de "notre" côté à nous... mais pour eux de l'autre côté... et bon bref...).
Le col Saint Michel disposait d’un temple puis d’une chapelle et un gîte d’étape tenu par quelques moines.
Au XVIIIème la voie romaine devint difficilement praticable car peu entretenue.
À la demande de la Maison de Savoie au XVIIIème, cette voie fut doublée par une nouvelle voie sarde qui passait par le col du Crucifix (915 m) situé à proximité mais son usage sera limitée à cause du percement de la route des Echelles (plus au sud) qui proposait une route plus simple et rapide d’accès.
De nos jour les passages par les cols Saint Michel et du Crucifix font la joie des randonneurs à pied qui peuvent aussi « pousser » jusqu’au Mont Grèle (1425 m) pour un point de vue sur le lac d’Aiguebelette.

Le col de l’Epine (987 m)

Le col de l’Epine était aussi le lieu de passage d’une route utilisée par les romains pour relier directement Novalaise à Chambéry. Cette voie était néanmoins moins fréquentée que celles passant par les cols du Chat et Saint Michel (d’altitude moins élevée).
Au Moyen-âge c’est le passage par le col Saint Michel qui s’impose comme route commerciale principale.
En 1860, à la suite du rattachement de la Savoie à la France, un chemin vicinal est aménagé pour répondre aux besoins de communication avec la région de Chambéry. Ce chemin fut goudronné par la suite.
Jusqu’à la construction de l’autoroute A43 (1974) cette route était le point de passage privilégié en voiture depuis la vallée vers Chambéry. Elle perdit ensuite de son intérêt.
Le Tour de France cycliste est passé trois fois par le col de l’Epine (classé en 2ème catégorie).
Désormais la route du col fait la joie des cyclistes.

La route part du village de Novalaise.

Sur la route du col de l'Epine

Les anciens se rappellent fort probablement des Villas Dorias localisées sur la route du col de l'Epine qui - rappelons-le - était fort fréquentée jusque dans les années 1970 pour aller de Novalaise vers Chambéry.
Les Villas Dorias étaient - jusqu'avant guerre - une pension de familles puis après-guerre une "maison familiale" géré par une association recevant des familles durant les vacances scolaires.
Lors de la disparition de cette association, divers projets avaient été évoqués mais sans suite et le tout est tombé en ruine.
Finalement dans les années 1980 l'ensemble a été détruit. La nature a repris ses droits. Il ne reste plus que l'esplanade, le puit, une fontaine et la tombe du créateur des Villas Dorias un peu plus loin dans la montagne.

Plus haut sur la route et avant l'arrivée au col se trouvait un restaurant : "Chez Jeannot" fort connu en particulier pour ses "omelettes". L'édifice sera lui aussi détruit dans les années 1980.

Le col du Chat (638 m)

Le col du Chat franchi le mont du Chat en surplomb du lac du Bourget en face de la ville d’Aix les Bains.
La route passant par le col est connue depuis l’antiquité. Même si elle n’était pas sur les grands axes de traversée transalpine, elle participait aux échanges locaux de trafic commercial.
La route fut aménagée au milieu du XIXème et un service de diligences reliait Chambéry à La Balme (30 km) en moins de 5 h.
L’ouverture du tunnel du Chat (1932) limitera l’impact de ce point de passage.

Désormais l’intérêt du col du Chat est essentiellement touristique et sportif (cyclisme et randonnée).

Tu contournes…

Au nord

Au nord du lac du Bourget le relief offre une « brèche » creusée par le Rhône.
Il a suffit de construire des ponts pour faciliter ainsi les échanges entre le département de l’Ain, le nord des Savoie et la Suisse.

La traversée du Rhône à Culoz

Le pont de la Loi franchit le Rhône entre les commmunes de Culoz (Ain) et de Ruffieux (Savoie). C’est un pont routier emprunté par la RD 904.
La Loi est un lieu dit de Culoz et de Ruffieux. Avant la construction du pont (1870), un bac à traille assurait le passage du fleuve (bac qui se déplacait le long d’un câble tendu entre les deux rives).

La liaison ferroviaire via Culoz et Ambérieu en Bugey

Cette ligne permet la liaison entre Lyon et Genève et Lyon et l’arc alpin.
Son origine remonte à une idée datant de 1830 mais il faudra attendre 1858 pour avoir la liaison.
Le pont ferroviaire Victor Emmanuel II (1858) traverse le Rhône au niveau de Culoz.

Au sud

La Voie Sarde à partir des Echelles

Au sud de la montagne de l’Epine, au niveau de la ville des Echelles passait aussi une voie romaine. Une gorge escarpée rendait la descente très difficile, celle-ci se faisait par des échelles – gradins taillés dans la roche.
Au XVIIème siècle, sous l’impulsion du Duc de Savoie Charles Emmanuel II, la route fut réaménagée. La construction d’une rampe permettait ainsi de remplacer les fameuses « échelles ». Quand les états de Savoie deviendront le royaume de Piémont Sardaigne, la route prendra le nom de « Voie Sarde ».
Cette route devint alors la plus fréquentée de celles qui conduisaient de France en Italie.
Durant le premier Empire, la route est jugée malcommode pour le passage des régiments et de l’artillerie.
Une nouvelle route est alors construite (de 1804 à 1820) avec le percement d’un tunnel (le premier des Alpes françaises) qui marquera la fin du rôle de voie de passage du défilé des Echelles.

De nos jours la route est toujours utilisée et demeure une alternative à l’autoroute A43 pour aller dans la partie sud de Chambéry ou lorsque l’autoroute est congestionnée par les déplacements saisonniers.

Anecdote

Qui est véridique ou non, mais elle est plaisante... Le tunnel percé a une hauteur assez élevée. On dit que cette hauteur avait été prévue de façon à ce que les soldats de l'escorte du Pape puissent passer dessous sans baisser leurs lances lors de son déplacement pour aller au couronnement de Napoléon en 1804.

Tu passes par-dessous par des tunnels

Le tunnel du Chat

Situé sous le col du Chat.
Il permet d’éviter la route du col du Chat pour relier La Balme et Yenne à la rive ouest du lac du Bourget.
Longueur =1486 m, monotube à circulation bidirectionnelle.
Ouvert en 1932.

Le tunnel ferroviaire d’Aiguebelette

Dès la fin du XIXème siècle, il est évoqué un projet de liaison pour proposer un chemin plus direct et plus facile avec Chambéry depuis notre Vallée.
Plutôt que de contourner la montagne par le nord ou par le sud (voir en supra), l’idée est de construire un tunnel qui franchirait la montagne à proximité du lac d’Aiguebelette.
Au départ, ni le lieu du tracé ni la modalité (chemin de fer ou voie charretière) n’avaient été vraiment bien fixés.

Rail et/ou route ?

Au final, la solution définitive choisie (1871) sera un tunnel ferroviaire sous la montagne de l’Epine.
Anecdote : un tracé initial avait été prévu à l’emplacement de celui de l’autoroute actuelle avec une traversée de la montagne vers Nances (où il devait y avoir une gare).
Dans ce cas, toute la rive ouest du lac (et Saint Alban de Montbel) aurait été traversée par une ligne de chemin de fer…
Au final, la compagnie Paris-Lyon- Marseille (PLM) définit un nouveau tracé sur les rives sud du lac avec établissement d’une gare à Lépin le Lac et un tunnel traversant la montagne au niveau d’Aiguebelette.
La ligne (Saint-André le Gaz – Chambéry) et le tunnel seront ouverts en 1884.
Longueur du tunnel = 3000 m – ligne de chemin de fer à voie unique.
Une fois la ligne et la gare de Lépin le Lac ouvertes, un tourisme de masse a pu commencer dans la vallée. Un service de diligence permettait de se rendre dans les différents hôtels et pensions de familles qui n’ont pas manqués d’être ouverts.
Actuellement cette ligne est celle privilégiée pour les liaisons TGV / TER entre la région lyonnaise et l’arc alpin ainsi que la liaison rail vers l’Italie.
De nombreuses personnes l’utilisent journellement pour aller travailler à Chambéry ou à Lyon depuis la gare de Lépin le Lac ou de celle de Pont de Beauvoisin en Isère située à une quinzaine de kilomètres.
La gare de Lépin le Lac est à 3 km de Saint Alban de Montbel et place Paris à moins de 4 h de train avec un changement à Lyon Part Dieu.

Anecdote

Le service de diligence était organisé depuis une maison située à quelques dizaines de mètres de la gare de Lépin le Lac. Cette maison existe toujours et abrite désormais un restaurant qui s'appelle... "La Diligence"...

Un projet multimodal ?

La largeur du tunnel ferroviaire avait été prévue au départ en double voie. Or la ligne de chemin de fer est à voie unique depuis le début.
Le volume du tunnel n’est donc utilisé qu’à moitié…
Dans les années 30 un projet avait été évoqué : « Pourquoi ne pas utiliser cette moitié pour y faire passer des voitures ? ».
Le projet est resté sans suite et depuis plus de 130 ans, le tunnel n’est utilisé qu’à moitié…

Les tunnels de Dullin et de l’Epine de l’Autoroute A43

L’autoroute A43 qui relie Lyon à Modane pour rejoindre le tunnel du Fréjus en direction de l’Italie a été mise en service de 1972 à 2001.
Dans la partie qui nous intéresse (Lyon – Chambéry) :

  • 1973 – Ouverture du tronçon Lyon – Bourgoin-Jallieu
  • 1974 – Ouverture du tronçon Bourgoin-Jallieu – Chambéry

Ce tronçon comporte deux tunnels :

Le tunnel de Dullin.

Il passe sous le chaînon du mont Tournier au niveau du col du Banchet et a une longueur de 1600 m sous forme de deux tubes comprenant chacun deux voies de circulation.
Début des travaux : 1971, mise en service : 1974.

Le tunnel de l’Epine

Il passe sous la chaîne de l’Epine et a une longueur de 3200 m sous forme de deux tubes comprenant chacun deux voies de circulation.
Il est mis en service en 1974. À l’époque un seul tube bidirectionnel est créé.
1991 – Mise en service du deuxième tube (sud) du tunnel en prévision des jeux olympiques d’hiver d’Albertville de 1992.

Comment faisait-on avant 1974 ?

Pour aller de Lyon vers le lac d’Aiguebelette, il fallait prendre l’actuelle D1006. Compter 1h30/50…
Pour aller du lac d’Aiguebelette vers Chambéry, passer par le col de l’Epine ou par la route des Echelles. La route par le tunnel du Chat ne présentait un intérêt que pour les communes situées à l'extrême nord de l'Avant-Pays. Elle arrive par ailleurs assez haut vers le lac du Bourget et réclamait trop de distance pour parvenir jusqu'à Chambéry.

Bernard-Paul Eminet – Saint Alban de Montbel 2015