Le 18 mai 1890, la foudre tombe sur le clocher de Saint Alban pendant l'office

Tourisme économie : 

Le 18 mai 1890 à St-Alban de Montbel.

Les fidèles étaient aux vêpres et c’est juste au moment après le chant du Tantum et les oraisons, le curé allait monter à l’autel pour prendre l’encensoir et donner la bénédiction que la foudre a éclaté, suivie immédiatement de torrents de pluie.

Elle a commencé par frapper l’angle nord de la corniche du clocher, brisant et dispersant les ardoises qui couvraient cette partie. De là elle a suivi le tuyau de descente par où s’écoulent les eaux des toits et qui se termine brusquement au cordon au-dessous du beffroi. Mais arrivé à la base et à la dernière agrafe scellée solidement dans la pierre de taille, le fluide ne rencontrant plus de conducteurs métalliques, s’est frayé un passage dans les murs, a arraché et projeté à quarante mètres de distance d’énormes moellons ; la violence a été telle qu’un d’entre eux le plus lourd tombé au pied d’une maison voisine a rebondi pour aller retomber plus loin.

Ayant exercé ses ravages sur le clocher tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, la foudre a pénétré dans l’église avec un fracas épouvantable dont il est impossible de se faire une idée, à moins d’en avoir de témoin. Aux traces qu’elle a laissées, il est facile de constater avec quelle puissance prodigieuse et mystérieuse à la fois elle a accompli son œuvre de destruction : s’ouvrant un passage par une large ouverture dans le mur d’une épaisseur de près d’un mètre, renversant tout et arrachant les crampons qui retiennent solidement à la paroi les autels latéraux qu’elle a déplacés, brisés et perforés.
Les nappes elles-mêmes ainsi que les devants d’autel n’ont pas échappé à l’action du fluide : il les a déchirés avec furie.

La table de communion en fer qui met en communication les deux chapelles a été descellée et les marches en pierre brisées et réduites en fragments au point de scellement.
La presque totalité des vitres ont été brisées et alors que tous les phénomènes se passaient la porte transversale du temple comprenant la table de communion et les chapelles disparaissaient dans une nuée de feu et de poussière d’où, comme d’un foyer, la foudre lançait des éclairs de toutes parts. Ces éclairs sillonnant l’enceinte à la manière des étincelles qui jaillissent capricieusement et en tous sens d’un feu qu’on voit pétiller, étaient d’autant plus visibles aux fidèles que de gros nuages noirs enveloppaient l’édifice d’une quasi obscurité.

L’explosion a été si forte que les assistants ont pu croire un instant à l’effondrement de l’église. Pris d’un affolement bien compréhensible dans une pareille circonstance, ils se sont précipités en foule vers la porte pendant que des femmes étaient renversées et que nombre d’enfants gisaient inanimés sur le sol. Le premier moment de stupeur passé, les hommes se sont hâtés de les relever et de les retirer d’une atmosphère viciée par l’odeur suffocante du soufre et par une épaisse poussière.

La plupart ont vite repris leurs sens au contact de l’air extérieur. Mais on a dû sur l’ordre du curé en porter quelques-uns au presbytère où des soins persévérants ont fini par les rappeler à la vie.
Une jeune fille que la foudre avait atteinte plus grièvement a été projetée à plus de trois mètres d’une chapelle à l’autre et trouvée littéralement couverte de débris et de plâtras.

Chose frappante le fluide a perforé et brûlé un chapeau sans toucher à l’enfant qui le tenait à la main, déchiré l’empeigne et emporté le talon du soulier du clerc, ne lui faisant éprouver d’autre mal si ce n’est une forte secousse qui l’a renversé sur le seuil même de la porte de la sacristie.

Une femme qui tenait les mains jointes un peu au-dessus de la tête d’un enfant foudroyé l’a été également et jetée à terre. D’autres femmes qui se trouvaient rapprochées du lustre dont le fluide a brisé les fils de laiton et dispersé les cristaux en fragments, ont reçu des commotions plus ou moins fortes, accompagnées de picotements et de violentes douleurs à la tête et aux bras. Les effets étaient analogues à ceux qu’éprouverait une personne en communication avec une puissante machine électrique.

Ce qu’il faut noter, c’est la tendance ou pour mieux dire l’acharnement de la foudre à se porter sur les métaux, à les desceller ou à les tordre. Et lorsque des corps ou mauvais ou non-conducteurs s’opposaient à sa marche, elle les a fondus ou brisés, perforés ou déchirés avec fureur. Quand on considère les évolutions capricieuses du fluide électrique, l’exiguïté de l’église et par conséquent la proximité des fidèles, surtout des enfants qui étaient à genoux jusqu’aux pieds de la table de communion et des chapelles le théâtre des ravages de cet élément, la pluie de pierres et de blocs arrachés du mur perforé et projetés dans toutes les directions, on se demande avec étonnement comment il n’y a pas eu de victimes, car les uns en ont été quittes pour la terreur, les autres pour une suspension momentanée de la vie. Tout se borne donc à des dégâts matériels considérables au clocher et à l’église, dégâts couverts par une assurance.


Article publié en 2012 sur le bulletin municipal de Saint Alban de Montbel.
Source : Gisèle NOEL-LARDIN - Françoise et Michel MERMET - Roger GRIMONET