1781 - Jacquerie à Saint Alban de Montbel

Tourisme économie : 

1781 - Jacquerie à Saint-Alban-de-Montbel

Les habitants refusent de s'acquitter des servis (redevances sur les biens possédés) dus au Marquis de Piolens, (ou Piolenc) seigneur du comté de Montbel.
Le 22 octobre, le sergent Monand et les 2 gardes Courtois et Dalvrieux se présentent à l'issue de la messe paroissiale pour signifier à la population « les lettres portant injonction aux particuliers possédants de payer et de porter dans les dix jours dans le grenier du château de l'Epine la quantité de servis par eux dûs », faute de quoi il sera procédé à la saisie de leurs denrées. Ces 3 représentants de l'ordre sont bien mal accueillis et de nombreuses personnes de l'assistance les empêchent de mener à bien leur mission, mission qu'ils avaient remplie sans encombre auparavant à Nances et à Marcieux.

Le sergent Monand réitère sa tentative le jour de Toussaint toujours accompagné de ses deux collègues.
« J'ay dû faire battre sur le fon d'un seau à défaut de tambour et de trompe pour convoquer le peuple.
Cela a donné lieu à une émeute populaire, et ces premiers (les soldats) ont été maltraités chassés et excédés par plusieurs particuliers du dit lieu. »

Ces évènements ont fait l'objet d'un épais dossier comprenant rapports, enquêtes, plaintes et dépositions.
Il faut cependant en retenir les extraits les plus croustillants (avec l'orthographe d'origine),
Ces fameux « particuliers du lieu » (paroissiens de Saint-Alban) sont accusés soit collectivement soit nominalement :

- une femme d'avoir arrachée des mains du sergent les lettres après qu'il en eu commencé la lecture, d'avoir déchirée la copie, d'avoir injurié, frappé le sergent et l'avoir repoussé hors du cimetière;
- un homme d'avoir dit aux trois agents: « vous voilà donc mes b... (bougres), vous feriés bien mieux de vous retirer,.... vous avés un fusil à deux coups et moi aussi et d'avoir aussi dit qu'il « se foutoit des ordres de justice et de ceux du seigneur de Piolens »;
- un autre d'avoir excité le peuple en disant à haute voix « il faut tous s'y mettre et frapper dur »;
- une femme est accusée d'avoir cassé et brisé contre la clauture du cimetière le sceau dont on s'était servi pour faire la publication des lettres;
- untel d'avoir frappé le sergent Dalvrieux d'un coup de brique à la tête;
- celui-ci a excédé le sergent Courtois de plusieurs coups de piés ;
- un autre lui a enlevé son fusil en disant à ceux qui étaient avec lui : « il faut les laisser aller car ils ont leur compte »;
- ils ont fait au soldat Courtois une plaie sur le coronal du côté gauche de la longueur d'un pouce, une autre plaie sur l'occipital de la grandeur de trois travers de doigt pénétrante jusqu'au péricrane et encor une contusion entre les vraies et fausses côtes du côté droit de la longueur de la palme de la main, plaies reconnues par le chirurgien Magnin;
- le soldat Dalvrieux se plaint d'avoir été frapé d'un coup de tuille au tempe gauche après qu'on lui eut dit: « te voila donc coïon que tu est ce n'est pas fini ne t'inquiète pas »;
- un témoin dépose avoir vu tirer des briques aux (par les) femmes l'une desquelles avoit atteint le plus grand des soldats à la tête et un autre au bras;
- le sergent Monand assure que l'une de ces femmes très actives m'auroit arraché ladite requête et lettres de la main et l'auroit déchiré, en disant : il y a assez des femmes icy il n'est pas besoin que les hommes s'en mêlent » en nous poursuivant à coup de grosses pierres avec des fortes menaces que « si monsieur le marquis de Piolens venoit icy il n'avoit qu' a y apporter un sac pour emporter ses os ».
Treize habitants de Saint-Alban (dont deux femmes) sont condamnés. Les peines, effectives ou par contumace, varient de 1 an à 2 ans de chaîne ou 2 mois à 4 mois de prison.

Ce 1er novembre 1781 mériterait bien le nom de « Journée des tuiles », avant-goût de celle de 1788 à Grenoble qui annonçait elle-même la Révolution de 1789.


Article publié en 2010 sur le bulletin municipal de Saint Alban de Montbel
Source : Gisèle NOEL-LARDIN - Françoise et Michel MERMET - Roger GRIMONET